De plus en plus de jeunes adultes reviennent vers une alimentation incluant de la viande, après des années de végétarisme ou de véganisme. Le phénomène intrigue. Il touche une génération convaincue très tôt par l’écologie et le bien-être animal, mais qui finit parfois par changer de voie. Pourquoi ce retour en arrière assumé ou discret ? Le parcours d’Iris, souvent représentatif, aide à comprendre ces choix.
Un engagement né très tôt, souvent émotionnel
Dans de nombreux cas, comme celui d’Iris, l’histoire commence dans l’enfance. À 26 ans aujourd’hui, cette consultante parisienne expliquait qu’elle supportait mal l’idée de manger des animaux. Elle adorait les chevaux et ne riait pas des plaisanteries familiales en passant devant une boucherie. Le rapport sensible à l’animal est souvent le premier moteur d’une démarche végétarienne précoce.
Avec l’arrivée de son premier ordinateur, Iris découvre des informations sur l’impact environnemental de la viande. À 14 ans, elle arrête totalement la viande et le poisson. Sa famille suit le mouvement : menus adaptés, recettes revisitées, et même des « super lasagnes végé » préparées par son père. Cette période façonne une identité, un marqueur fort d’expression personnelle.
Le premier écart : entre envie et culpabilité
Puis vient le moment que beaucoup d’ex-vegans décrivent comme un tournant. Pour Iris, c’est en terminale, près de la gare Saint-Lazare. Elle entre dans un fast-food et commande des chicken wings. Sans sauce. Une envie présente « depuis longtemps ». Sur le moment, la culpabilité s’efface. Puis elle revient. Elle regrette même de ne pas avoir craqué pour un produit fermier.
Ce type d’écart, vécu dans la solitude et le silence, est fréquent. La pression sociale joue un rôle important. Admettre que l’on dévie d’un mode de vie choisi très jeune peut sembler difficile.
Quand la vie change, l’alimentation suit
Le parcours d’Iris l’emmène ensuite au Canada, au Kenya et au Rwanda. Pendant ses études de science politique, elle devient végane et supprime même les œufs et les produits laitiers. Mais peu à peu, les exceptions se multiplient. D’abord tous les trimestres, puis tous les mois. Toujours sans en parler.
Ce glissement progressif est révélateur. Les voyages, les rythmes d’études, la diversité des cultures alimentaires, ou encore les contraintes du quotidien poussent certains à réintroduire des produits animaux. Il ne s’agit pas toujours d’un renoncement complet, mais d’une adaptation.
Pourquoi certains reviennent à une alimentation flexitarienne
De nombreux ex-végétariens ou ex-vegans adoptent ensuite un modèle plus souple. Le flexitarisme permet d’inclure ponctuellement de la viande ou du poisson, tout en gardant une base végétale. Plusieurs raisons expliquent ce choix :
- Le besoin physiologique : certaines personnes ressentent de la fatigue ou un manque d’énergie malgré une alimentation équilibrée.
- Les contraintes sociales : partager un repas en famille ou entre amis peut devenir compliqué avec un régime strict.
- La pression psychologique : l’identité alimentaire peut devenir lourde à porter, surtout quand les écarts sont fréquents.
- Les changements de mode de vie : voyages, déménagements, nouveaux emplois ou études modifient les habitudes et les possibilités alimentaires.
Vers une relation plus apaisée à l’alimentation
Le retour à la viande n’est pas toujours vécu comme un échec. Pour beaucoup, il marque plutôt une recherche d’équilibre. Il ne s’agit pas de renoncer à ses valeurs mais de trouver un fonctionnement durable. L’histoire d’Iris illustre bien ces questionnements. On peut rester sensible aux enjeux environnementaux et au bien-être animal tout en acceptant une certaine flexibilité.
Ces trajectoires rappellent une chose : l’alimentation n’est pas figée. Elle évolue avec l’âge, les expériences et les besoins. Et redevenir flexitarien après avoir été végane ou végétarien reste un choix personnel, souvent plus nuancé qu’il n’y paraît.




